Adieu les droits de douane agricoles : plus que jamais nécessaires !
Le président américain Trump a déclenché une guerre commerciale. Contre la Suisse, des droits de douane « réciproques » exorbitants de 31 % devraient être appliqués. Or, la Suisse a unilatéralement supprimé, en 2024, l’ensemble des droits de douane industriels vis-à-vis de tous les pays. Dans ce contexte, le régime douanier mis en place par le gouvernement américain à l’encontre de la Suisse apparaît non seulement incompréhensible, mais surtout arbitraire, notamment en ce qui concerne le calcul du déficit commercial.
731 francs de droits de douane pour 100 kg de tomates cerises ?!
Dans le débat sur les options possibles face aux États-Unis, deux sujets ont été évoqués dans les documents publiés par la Maison-Blanche : la taxe sur les films (dite « Lex Netflix ») et les droits de douane agricoles. À propos de la taxe sur les films : aussi absurde soit-elle, les marges de manœuvre politiques pour y remédier sont très faibles – le peuple suisse vient tout juste de se prononcer lors d’une votation. La situation est tout autre pour les droits de douane agricoles, où une réforme est depuis longtemps nécessaire : en 2023, les droits agricoles suisses atteignaient en moyenne 28,5 %, un sommet mondial – presque trois fois plus élevés qu’au sein de l’Union européenne (10,8 %) et près de six fois plus qu’aux États-Unis (5 %). Jonas Lüthy, président des Jeunes Libéraux-Radicaux Suisses, déclare : « La politique de fermeture dans le secteur agricole est dictée par les lobbys et a complètement déraillé. Un exemple frappant est le droit de douane suisse de 731 francs sur 100 kilogrammes de tomates cerises importées. En freinant la concurrence, ces droits nuisent à l’agriculture elle-même et contrecarrent une production alimentaire plus écologique. Le protectionnisme agricole est dépassé politiquement – s’il peut être aboli tout en améliorant nos relations avec les États-Unis, c’est un double gain. »
Accords de libre-échange : les droits agricoles nous coûtent l’avenir
Depuis des années, les droits de douane agricoles bloquent la conclusion d’accords de libre-échange importants et font obstacle à une politique extérieure ambitieuse. Des accords clés, comme la participation au partenariat transpacifique global (CPTPP), échouent à cause des barrières douanières protectionnistes du secteur agricole. Un exemple particulièrement révélateur est la tentative de conclure un accord bilatéral de libre-échange avec les États-Unis. La Suisse a lancé plusieurs tentatives au cours des dernières décennies. Mais après quelques cycles de discussions, les négociations ont été suspendues – en dernier lieu en 2006 – en raison de divergences insurmontables concernant le secteur agricole. Avec sa politique douanière agricole, la Suisse hypothèque ses chances d’obtenir de meilleures conditions d’accès au marché et des avantages économiques. Selon Avenir Suisse, les coûts économiques de cette politique, liés au frein mis au commerce international, s’élèvent à 3,1 milliards de francs suisses par an, auxquels s’ajoutent 275 millions de francs de coûts supplémentaires liés aux importations. Il convient de souligner que ces coûts économiques, même estimés de façon conservatrice, n’ont rien à voir avec les revenus générés par les droits de douane. En 2023, les recettes douanières issues des produits agricoles ne représentaient que 664 millions de francs, un montant modeste… que les consommateurs suisses doivent payer.
Coûteux et antisocial : les droits agricoles frappent les plus faibles
Les droits de douane sont, par nature, régressifs – ils augmentent les prix des produits et pèsent donc davantage sur les ménages à faibles revenus. C’est particulièrement problématique pour des biens indispensables comme les aliments. Tandis que les personnes aisées peuvent supporter les prix plus élevés, les ménages modestes en subissent les conséquences de plein fouet. Les droits agricoles accentuent les inégalités en Suisse de manière évitable et contribuent à la hausse du coût de la vie. Résultat : les prix alimentaires en Suisse sont près de 60 % plus élevés que la moyenne européenne.
En observant les dépenses par ménage, on constate que l’isolement du marché entraîne plus de 700 francs de surcoût par an pour des aliments plus chers. En résumé : les droits agricoles sont coûteux et injustes. Ce sont, littéralement, les plus faibles qui en paient le prix.
Protection illusoire, affaiblissement réel : l’agriculture suisse
Enfin, même l’agriculture suisse elle-même n’est qu’un faux bénéficiaire de cette politique douanière. Le contrôle et la fermeture ciblés du marché agricole suisse nuisent à la compétitivité et à la capacité d’innovation du secteur. En outre, selon une étude de l’OCDE, seule une faible part du bénéfice économique du protectionnisme agricole revient aux agriculteurs eux-mêmes. La plus grande partie profite aux étapes en amont et en aval de la chaîne de valeur – par exemple, le commerce. Cela fait des mesures de protection des frontières des instruments très inefficaces, avec de lourdes pertes de rendement. L’ouverture du secteur agricole en Autriche ainsi que la libéralisation du commerce du fromage entre la Suisse et l’Union européenne montrent de manière exemplaire que tous les acteurs peuvent profiter du libre-échange.
La solution : ouverture progressive du marché, pas de protectionnisme douanier
Jonas Lüthy, président des Jeunes Libéraux-Radicaux Suisses, souligne : « Indépendamment de la guerre douanière de Trump : il est temps de réévaluer la politique douanière agricole de la Suisse. Au lieu d’étrangler la population avec des prix alimentaires excessifs et de compromettre des négociations de libre-échange cruciales, nous devons ouvrir le marché de manière résolue. Les droits de douane agricoles suisses doivent être supprimés progressivement sur 10 ans. » Pour les Jeunes Libéraux-Radicaux, c’est clair : la protection des frontières agricoles doit être réduite progressivement, avec une phase de transition d’environ 10 ans, afin que les consommateurs et producteurs suisses bénéficient pleinement des avantages du libre-échange. Même dans une optique de sécurité alimentaire, l’objectif ne doit pas être un taux élevé d’autosuffisance, mais plutôt une sécurité d’approvisionnement élevée.